
Discrète, la société Creative Electronic Systems (CES) à Grand-Lancy reste méconnue du grand public. Avec ses 100 collaborateurs et son chiffre d’affaires qui atteint les 25 à 30 millions de francs, l’entreprise genevoise évolue dans le milieu de l’avionique.
Elle conçoit et produit des équipements électroniques essentiellement destinés au secteur de l’aviation. Les photographies qui tapissent un mur du bureau d’Hervé Garchette, directeur de l’entreprise, sont là pour le rappeler. «Nos interfaces et nos processeurs permettent de faire de l’acquisition de données, du traitement, du stockage et de la distribution de l’information», précise-t-il. Pour simplifier, il s’agit d’ordinateurs de bord ou de systèmes embarqués qui gèrent, par exemple, le train d’atterrissage d’un avion, la qualité de l’air ou les volets mobiles des ailes.
Fondée en 1981 par quatre ingénieurs du CERN, CES a démarré ses activités avec la fabrication de cartes électroniques capables d’acquérir des données lors d’expérience en physique. Au fil des ans, son savoir-faire a trouvé des applications dans le secteur des télécommunications. En 2000, la société est rachetée par le groupe américain MRV Communications, actif dans la communication optique. S’ensuit le krach lié à la bulle Internet. Les investissements dans le domaine des télécommunications sont drastiquement réduits. Un plan stratégique est alors mis en place.
En mars 2012, CES est reprise par trois investisseurs suisses: Vinci Capital, SVC (une filiale de private equity de Credit Suisse) et Capital Transmission, une division de la Banque Cantonale de Genève. «Notre but en tant qu’investisseur est de bâtir sur l’excellence technologique de CES et de permettre l’élargissement de sa gamme de produits et son expansion géographique», a déclaré Xavier Paternot, associé gérant chez Vinci Capital. Le conseil d’administration de CES a été renforcé avec l’arrivée de Peter Pfluger (actuel directeur de Tronics et ancien directeur de Phonak) et Jean-François Briand (ancien vice-président de Thomson CSF).
CES est l’un des rares acteurs européens à être présents sur ce marché de niche de l’avionique. Elle compte une cinquantaine de clients, dont dix très importants à l’exemple d’EADS, Raytheon, BAE, Liebherr Aerospace, Dassault, Thales ou L3Com. «Nous bénéficions de contrats à long terme, sur vingt à trente ans, souligne Hervé Garchette. Nos ventes sont réalisées à 100% à l’exportation, moitié en Europe et moitié aux Etats-Unis.» La crise de l’euro a ainsi particulièrement affecté CES. Elle a vu son chiffre d’affaires diminuer de 20% l’année passée sans perdre de clients. «Nous ne bénéficions d’aucune aide cantonale ou fédérale, s’insurge Hervé Garchette. Pourquoi ne pas introduire, par exemple, un système de déductions fiscales proportionnelles à la taille et au chiffre d’affaires de la société réalisé à l’exportation?»
Dans ces conditions, une délocalisation est-elle envisagée? «Nous bénéficions de la qualité suisse pour le développement et la production de nos produits. Nous resterons donc à Genève. Par contre, l’expansion de notre société se fera vraisemblablement ailleurs, en fonction des obligations de nos clients et là où le coût de la main-d’œuvre est moins cher», prévoit cet ingénieur français qui a précédemment travaillé à l’Agence spatiale européenne (ESA), au CERN ou chez Landis & Gyr. Il ne cache pas ses ambitions: «Nous voulons nous développer sur des marchés matures et émergents, comme l’Inde, la Chine, le Brésil ou la Turquie.»
Cette année, le chiffre d’affaires de la société CES devrait rester stable mais une progression de 10 à 15% est déjà prévue pour l’année suivante. Actuellement, CES réalise essentiellement ses affaires en tant que fournisseur de cartes électroniques, dont le prix unitaire varie entre 5000 à 10 000 euros. Elle aimerait s’imposer de plus en plus en tant qu’équipementier aéronautique, à savoir fournir des systèmes complets comprenant plusieurs cartes électroniques assemblées.
Différents systèmes complets sont déjà proposés par CES: des ordinateurs de vol, des ordinateurs de mission qui sont connectés à des senseurs chargés d’un rôle précis, tel que la collecte de photos ou de vidéos pour des avions de surveillance maritime, ou encore des sous-systèmes de traitement du signal pour équiper les radars de surveillance d’aéroports ou de frontières.
Le marché est en croissance: entre 20 000 et 30 000 avions devraient être construits dans le secteur de l’aéronautique civil ces vingt prochaines années. Aux côtés de Boeing, Airbus, Embraer ou Bombardier, de nouveaux fabricants arrivent sur le marché, à l’exemple du russe Sukhoi ou du chinois Comac.
Malgré les barrières d’entrée importantes pour passer les audits de qualité (EN9100), la pression s’intensifie également au niveau des équipementiers.
Pour continuer de se développer, CES doit sans cesse innover. La société participe à différents programmes de recherche américains et travaille également avec Airbus Military pour développer l’électronique des perches capables d’alimenter en vol des avions de chasse ou de transport. En outre, elle collabore avec les universités et hautes écoles de la région lémanique. CES a par exemple travaillé avec l’EPFL pour assurer la compression d’images vidéo pour les systèmes aéronautiques.
«Les mécanismes actuels d’aide à l’innovation en Suisse sont encore faibles, à l’exemple des CTI, déplore Hervé Garchette. D’autres mécanismes, à l’exemple de crédit d’impôt lié à l’innovation, seraient bienvenus, comme il en existe dans d’autres pays.»
«En Suisse, les mécanismes actuels d’aide à l’innovation sont encore faibles»
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